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14 mai 2026, 19h30. Trump entre dans le Grand Palais du Peuple. Banquet d’État. À sa droite, Xi Jinping. Devant lui, une table dressée selon les codes les plus stricts de la diplomatie chinoise. Et un menu qui, sans qu’il le sache encore, va déclencher des milliers de commentaires sur Weibo et Xiaohongshu dans les heures qui suivent.
Parce qu’il y a un plat sur la table. Un plat qui n’était pas là en 2017. Et ce détail, pour les Chinois, dit tout.
Voici ce qui a été servi à Trump et à sa délégation :
Soupe dorée au homard (金汤龙虾). Une entrée raffinée, dans un bouillon couleur or, signe d’opulence dans la symbolique chinoise. Le homard, ingrédient occidental, est un clin d’œil aux invités.
Bœuf croustillant (香酥牛肉). Là, on cligne de l’œil à Trump. Trump aime la viande rouge, ses chefs lui préparent du steak bien cuit depuis trente ans. La Chine sait, et propose une version chinoise du « bœuf que tu aimes ».
Canard laqué de Pékin (北京烤鸭). Le plat-événement. On y revient dans une minute.
Légumes frais en soupe de pois (豆汤鲜蔬). Le seul plat commun avec le menu de 2017. Un classique, léger, qui équilibre.
Saumon sauce moutarde (香芥汁三文鱼). Encore un pont vers l’Occident. Le saumon est rarement central dans la cuisine chinoise traditionnelle. La sauce moutarde, totalement européenne. Geste d’hospitalité.
Petits pains poêlés (冰花水煎包). Petits chefs-d’œuvre techniques. Croustillants dessous, moelleux dessus, avec une dentelle craquante. Cuisine populaire pékinoise élevée au rang d’art.
Pâtisserie à la conque (海螺酥). Dessert chinois classique, en forme de coquillage, feuilleté. Très visuel, très photogénique.
Tiramisu. Oui, vous avez bien lu. Un dessert italien à un banquet d’État chinois. Geste d’ouverture, presque amical.
Et puis du vin. Du vin chinois. On y revient aussi.
En 2017, lors de la première visite officielle de Trump en Chine, les chefs du Grand Palais du Peuple avaient fait un choix très précis : adapter le menu au président américain. Sur la table, du poulet kung pao, du ragoût de bœuf à la tomate, des saveurs proches d’une carte de restaurant américano-chinois.
Une stratégie diplomatique nommée 投其所好 (tóu qí suǒ hào) : « servir ce que l’invité aime ».
En 2017, la Chine de Xi Jinping voulait charmer Trump. Lui montrer qu’elle pouvait s’adapter. Lui dire : « regarde, on parle ta langue culinaire ».
Neuf ans plus tard, en 2026, le canard laqué est de retour. Et ce n’est pas un détail.
Le canard laqué de Pékin, c’est LE plat-symbole de la cuisine impériale chinoise. Le plat qu’on sert quand on veut dire : « voici qui nous sommes ». Le servir à Trump, c’est sortir de la logique d’adaptation, et entrer dans une logique d’affirmation. Sur les réseaux chinois, l’article qui a lancé le débat le résume en une phrase : « cette fois, nous lui servons ce que nous mangeons, pas ce qu’il aime ».
Beaucoup d’internautes chinois ont applaudi. Quelques-uns ont nuancé : adapter le menu n’était pas une faiblesse en 2017, c’était une politesse. Mais le retour du canard laqué a été lu comme un message clair : la Chine ne cherche plus à plaire. Elle reçoit.
Autre moment qui a fait jaser. Trump est connu pour ne jamais voir d’alcool. Pas une goutte. Son frère aîné est mort de l’alcoolisme, et Trump a juré, très jeune, qu’il n’y toucherait pas.
Et pourtant. Pendant le toast officiel, il a levé son verre. Et il a bu une gorgée de vin chinois.
Une gorgée, dans une vie sans alcool, c’est presque rien. C’est aussi un événement diplomatique majeur. Son entourage l’a confirmé : ce geste est extrêmement rare, voire inédit en public.
Le vin en question ? Un Chardonnay sec produit dans le district de Miyun, à la périphérie de Pékin. Marque : Changyu Château AFIP. Médaille de platine au concours Decanter de Londres en 2021, la plus haute distinction. Pas un vin au hasard, donc. Un vin chinois qui dit, lui aussi : nous savons faire, et nous savons faire bien.
À côté, sur la table, un Cabernet Sauvignon rouge du Hebei, marque Great Wall. Là encore, vin chinois.
Pas une bouteille française. Pas une bouteille italienne. Que du chinois.
Un menu de banquet d’État chinois n’est jamais le résultat du hasard. Chaque plat passe par plusieurs comités. Chaque vin est choisi avec une intention. Chaque clin d’œil culturel est calibré.
Ce qu’il faut lire entre les lignes du menu de 2026 :
Un assouplissement gourmand envers Trump (bœuf, saumon, tiramisu)
Une affirmation culturelle sans complexe (canard laqué, petits pains, pâtisserie à la conque)
Une fierté nationale économique (vins 100 % chinois, marques chinoises mises en avant)
Ce n’est pas le menu d’un pays qui cherche à séduire. C’est le menu d’un pays qui reçoit.
Et c’est exactement ce que la presse chinoise a retenu. Un article résumait l’affaire d’une formule qui a beaucoup circulé : « réussir à faire trinquer à du vin chinois un homme qui ne boit jamais, c’est plus convaincant que n’importe quel plat ».
Il y a toujours quelque chose de fascinant dans la manière dont la Chine reçoit. Tout est message. Le plan de table, l’ordre des plats, la température du vin, le motif des assiettes. Aucun détail n’est laissé au hasard.
Et donc la prochaine fois que vous verrez une photo de banquet d’État à Pékin, regardez bien ce qu’il y a dans les assiettes. Vous y lirez, en filigrane, une bonne partie de la diplomatie de l’année.
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